Cartels

Mais, au fait, un cartel, qu’est-ce que c’est ?

C’est d’abord un petit groupe de travail ; on est donc à plusieurs pour s’atteler à la lecture d’un Séminaire de Lacan ou un cours de Jacques-Alain Miller, développer une question clinique, interroger l’époque à la lumière des outils psychanalytiques etc. On ne reste pas tout seul face à des textes souvent difficiles.

Ce dispositif a été créé par Lacan dans le moment même où il fondait l’Ecole freudienne de Paris en 1964. Il s’agit de mettre en œuvre « le principe d’une élaboration soutenue dans un petit groupe. Chacun d’eux […] se composera de trois personnes au moins, de cinq au plus, quatre est la juste mesure. Plus une chargée de la sélection, de la discussion et de l’issue à réserver au travail de chacun. »[1] Lacan a ainsi conféré une structure spécifique à ce dispositif de travail afin de favoriser, de provoquer l’élaboration. Pour contrer la routine, réduire les effets de groupe, un cartel fonctionne un an, deux ans au plus.

Cette structure permet que ça circule, que ça respire, que les inhibitions chutent ou se tempèrent… Dans ce travail à plusieurs, s’instaure une dynamique où l’on ne sait plus « qui a fait émerger la chose ; il y a celui qui l’a dite, mais il y a celui qui le lui a fait dire, et celui qui s’est aperçu que c’était important. »[2] C’est ainsi que l’on peut avancer dans ses propres questionnements, en y mettant du sien et en se confrontant à la lecture des autres. Des passerelles se tissent, des points s’éclairent, des difficultés se cernent…S’y produit un gain de savoir vivant, pas sans des moments de surprise qui peuvent surgir lors des séances de travail.

Depuis sa création, le cartel, s’il garde sa structure, a évolué. Ainsi peuvent se mettre en place des cartels dits « fulgurants », qui se constituent à l’occasion d’un événement, conférence, journée d’étude par exemple. Ces cartels fonctionnent sur un temps plus court, plus resserré – temporalité qui n’est pas sans lien avec les caractéristiques de notre époque.

Des initiatives très variées ont vu le jour dans les différentes régions pour faire connaître le travail en cartel : des cartels itinérants, des cartels « à ciel ouvert » dans une librairie avec le public, etc.

Si le cartel est de l’École, les régions par le biais des ACF en lien étroit avec le délégué aux cartels, jouent un rôle important pour permettre la mise en œuvre de la politique de l’École et la constitution des cartels.

Et aujourd’hui, l’École a le désir de remettre en valeur le cartel, « cette arme puissante » selon l’expression de Dalila Arpin, actuelle responsable de la commission des cartels de l’ECF. Vous aurez remarqué que la rubrique « Etudier en cartels » est maintenant directement accessible sur la page d’accueil du site de l’ECF. Il est également envisagé de permettre la publication de travaux de cartellisants dans les revues de notre champ. Un nouveau site accueille le bulletin Cartello, L’agalma des cartels de l’Ecole de la Cause freudienne, un site plus moderne, très esthétique…

Bref, du mouvement, du désir, de l’inventivité… pour vivifier l’étude de la psychanalyse.

Rendez-vous donc le samedi 3 décembre 2016 à Corte.

Marie Rosalie Di Giorgio
Déléguée aux cartels


[1] Lacan J., « Acte de fondation », Autres écrits, Paris, Le Seuil, 2001, p.229.
[2] Miller J.-A., « Cinq variations sur le thème de « l’élaboration provoquée » », La Lettre mensuelle, n°61, juillet 1987.